Borj Kallel

Les espaces culturels tels que les maisons de culture, installés en ville ou en banlieue mis à part, il est difficile de rencontrer des institutions culturelles à caractère privé dont les activités sont ininterrompues et drainent un grand public. Et même si cela était, il serait douteux de penser qu’il s’agirait de mécénat.

Borj Kallel

Les espaces culturels tels que les maisons de culture, installés en ville ou en banlieue mis à part, il est difficile de rencontrer des institutions culturelles à caractère privé dont les activités sont ininterrompues et drainent un grand public. Et même si cela était, il serait douteux de penser qu’il s’agirait de mécénat. A ce sujet, borj Kallel déroge à la règle, puisqu’il s’agit d’un espace privé et qu’il se situe en pleine banlieue. C’est un mécène éclairé, originaire de cette zone suburbaine qui a dédié bénévolement la magnifique habitation de ses ancêtres aux activités culturelles. Bien plus, il prit même en charge les frais de restauration et d’aménagement du local. Situé à environ sept kilomètres du centre ville, sur la route de Gremda qui mène à Kairouan, le borj Kallel appartient à la deuxième génération de ces demeures estivales apparues dans la banlieue sfaxienne à la fin du XVIIe siècle, et qui dominaient de vastes vergers cultivés d’arbres fruitiers en sec, appelés jnèn. Les jnèn formaient un habitat épars suburbain, occupés surtout pendant la saison estivale. Dès la fin du printemps, les habitants de la ville, fuyant les chaleurs précoces de l’été, commencent à déserter leurs demeures médinales, pour aller s’installer l’été durant dans ces vergers. Les premiers borjs revêtaient un aspect défensif visible à leur forme pyramidale et à leurs murs construits en fruit, dans un milieu peu ou prou hostile. Plus tard, avec l’instauration de la sécurité et à la faveur des mutations socioéconomiques que la ville de Sfax connaîtra, un nombre important d’habitants s’installèrent de façon permanente dans les jnèns ; ce qui entraîna une évolution notoire de la forme architecturale des borjs. Ces derniers empruntèrent à la demeure médinale quelques uns de ses éléments architectoniques et architecturaux comme les portiques portés sur arcs et colonnes en pierre de taille ainsi que la cour à ciel ouvert et les communs. A une époque où la banlieue sfaxienne connait une urbanisation outrancière et où les borjs sont progressivement démolis et remplacés par des habitations individuelles de type villa ou par des immeubles à habitat collectif, borj Kallel demeure impassible face à cette transfiguration, avec sa typologie originelle et les activités culturelles qu’il abrite et qui assurent du coup sa sauvegarde. C’est une dynamique association, avec d’autres parties, qui s’est chargée d’animer cet espace en y organisant des colloques, des concerts de musiques, des manifestations à caractère patrimonial très spectaculaires…, et même des ateliers d’art plastique pour les jeunes. De telles activités drainent malgré la situation excentrée du borj, un nombreux public.

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